A. L’introduction
- L’auteur ou les auteurs d’une infraction qui, notamment, manipulent un objet à mains nues, marchent à pieds nus ou appuient une partie découverte de leur corps sur un objet ou un élément intégré à la scène de crime laissent immanquablement leurs empreintes papillaires formés d’entrelacs et de crêtes.
- L’étude des empreintes papillaires – du relevé à l’identification du propriétaire de l’empreinte – est nommée la lophoscopie[1]. Une section privilégiée de la lophoscopie, appelée la dactyloscopie – dactylo- provient du nom grec dactulos signifiant « doigt » et -scopie du nom skopein traduisible par le verbe « examiner » – s’intéresse uniquement aux crêtes épidermiques sises sur la pulpe des doigts.
- En pratique, l’identification à l’aide d’une empreinte digitale est la plus usitée. C’est pourquoi, tout en n’ignorant point la preuve lophoscopique dans son ensemble dont les principes développés s’appliquent mutatis mutandis, la preuve dactyloscopique est au centre de notre écrit comme moyen probatoire permettant d’identifier le propriétaire de l’empreinte laissée sur une scène de crime.
1. Définition de l’empreinte papillaire
- La structure de la peau humaine est complexe[2]. L’épiderme, couche superficielle de la peau, se renouvelle à l’aide du stratum mucosum – couche supérieure du derme – ou couche malpighienne (de Malpighi) qui contient des terminaisons nerveuses, des vaisseaux sanguins et des glandes nécessaires à la formation des dermatoglyphes visibles à la surface de la peau, et constitue la masse primaire des sillons cutanés. Formées de plis, plus ou moins parallèles et plus ou moins courbés, les crêtes épidermiques ou sillons cutanés dessinent l’empreinte papillaire. Grâce aux contaminations et aux sécrétions corporelles provenant des glandes
sudoripares eccrines et apocrines – la sueur –, ainsi que des glandes sébacées – le sébum –[3], le dessin des dermatoglyphes se dépose sur n’importe quelle surface et forme l’empreinte papillaire à relever.
- La paume des mains, la plante des pieds, le front, les aisselles, les paupières, les mamelons, les parties génitales, la racine des poils et des cheveux sont les zones de la peau recouvertes du plus grand nombre de glandes sudoripares eccrines ou apocrines, ou de glandes sébacées. Cela étant, seules les surfaces internes des mains et des pieds bénéficient de crêtes papillaires. Tout contact de ces surfaces avec du verre, du papier, de la peau ou diverses autres surfaces transpose le dessin dermatoglyphe, ce qui permet d’obtenir fréquemment une trace analysable.
- Dans le contexte juridique, outre la fréquence des dépôts analysables, l’empreinte papillaire revêt un intérêt particulier du fait qu’il a été théoriquement démontré qu’elle était immuable, inaltérable et individuelle tout en fournissant un résultat identificatoire scientifiquement probant après comparaison. Nous verrons, dans le cadre de la discussion sur ce moyen probatoire, que l’immuabilité, l’inaltérabilité et l’individualité sont des principes théoriques qui ne permettent en aucun cas d’assurer une identification, mais uniquement de créer une présomption d’identification[4]. Cela étant, dans cette partie introductive, nous nous limiterons à exposer les principes théoriques qui prévalent pour cette science.
a. L’immuabilité
- La première qualité fondamentale des empreintes dermatoglyphes est leur immuabilité. Il ressort des travaux de William James Herschel qui a comparé ses empreintes et celles d’enfants ou d’autres adultes à plusieurs années d’intervalle, que les dessins dermatoglyphes ne changent pas avec les années[5]. Francis Galton complète cette étude en précisant que sur 296 points de référence sis sur les empreintes de huit sujets, aucun n’a disparu ou ne s’est modifié avec les années et aucune nouvelle crête ou bifurcation n’est apparue[6].
- Alors que les dimensions de notre corps se modifient, notre peau se ride, nos cheveux blanchissent, du stade fœtal jusqu’à la mort et même au-delà, jusqu’à la putréfaction du cadavre ou sa crémation nos empreintes sont constantes et identiques dans leurs moindres détails[7]. Ce constat permet de comparer dans la durée des traces papillaires découvertes et une empreinte connue sans qu’il ne soit possible d’opposer une modification ou un changement des dessins dermatoglyphes.
b. L’inaltérabilité
- Les dessins digitaux n’étant pas constitués à la surface de l’épiderme, contrairement à une croyance répandue, l’eau bouillante, le papier-émeri ou l’acide ne suffisent pas à faire disparaître les crêtes papillaires. Pour preuve, John Dillinger a essayé d’effacer ses dermatoglyphes en trempant ses doigts dans l’acide[8]. A sa mort, le FBI a prélevé ses empreintes digitales. Après comparaison avec le fichier des empreintes et malgré le traitement à l’acide subi, il a été constaté que les crêtes papillaires étaient restées intactes et inchangées. Ce n’est qu’en altérant les papilles dermiques par un sévère endommagement des téguments qu’un changement de la structure des arêtes dessinant les empreintes intervient. Robert Phillips a employé la chirurgie plastique pour remplacer la peau des pulpes digitales par des greffons prélevés sur son torse[9]. Après cicatrisation, la peau a grandi avec de nouvelles empreintes digitales. Cependant, lors de l’analyse des traces découvertes sur la scène de crime, les dessins dactyloscopiques de la pulpe des doigts ne sont pas les seuls analysés; grâce aux empreintes de ses secondes phalanges non-endommagées, il a été possible de confondre Robert Phillips.
- Relevons encore que les blessures superficielles ne touchant que l’épiderme transforment que temporairement les caractéristiques digitales. Les entailles plus profondes peuvent créer des cicatrices coupant le dessin originel, mais ne le modifiant pas pour autant puisque le tissu cicatriciel se situe au niveau de l’épiderme et non du derme[10].
- Les empreintes digitales sont donc inaltérables nonobstant l’hypothèse invraisemblable d’une greffe complète de la peau du corps humain. Quant aux cicatrices qui ne changent en rien le dessin dermatoglyphe, elles n’empêchent pas l’identification dactyloscopique. Au contraire, elles ont l’avantage d’offrir une caractéristique supplémentaire visible à l’œil nu et utile pour identifier le propriétaire d’une trace papillaire.
c. L’individualité
- L’individualité des empreintes digitales apporte la dernière pierre nécessaire pour affirmer que ce moyen de preuve a une valeur identificatoire notable.
- L’unicité des empreintes papillaires est la conséquence de la morphogénèse se déroulant durant la vie fœtale[11]. Dès la onzième jusqu’à la vingt-quatrième semaine, des bosses formées d’un pore se développent sur les parties tactiles et grandissent à vitesse variable. Les papilles sont le résultat du fusionnement de ces pores qui forment alors une ligne en arc, en boucle, en verticille ou composite pouvant, selon les formes, se composer d’aucun, d’un ou de plusieurs delta[12].
- L’hérédité est également un facteur d’influence quant à la formation du dessin papillaire sans pour autant permettre l’identification à l’aide des ascendants ou descendants[13]. En outre, les minuties – appelées également points caractéristiques, points de Galton ou points d’identité – conditionnées par le stress et autres pressions variables, et d’éventuelles cicatrices complètent la formation individuelle des empreintes papillaires.
- La conséquence de ce processus aléatoire est l’infinité des formes, du nombre et des dispositions des crêtes papillaires[14]. Les calculs de Francis Galton affirment qu’il existe une chance sur 64 milliards de découvrir la même empreinte sur deux individus différents. Ce chiffre doit néanmoins être relativisé, puisque cette probabilité est influencée par le nombre de points de comparaison; plus ce nombre est grand, moins il existe de chance de découvrir une même empreinte appartenant à deux individus différents. Au surplus, dans sa thèse, Galdino Ramos calcule qu’en comparant une vingtaine de points et en tenant compte du nombre de terriens, il faudrait près de 5 millions d’années pour découvrir deux dessins identiques[15]. Pratiquement, comme en théorie selon les calculs, il est donc impossible de retrouver la même configuration des minuties chez deux individus offrant ainsi un pouvoir identificatoire à une trace papillaire. Les descripteurs additionnels, comme la « ligne comptée » ou « ridge counting » et la « ligne tracée » ou « ridge tracing » complètent l’analyse décadactylaire traditionnelle pour augmenter le pouvoir descriptif et permettre une individualisation encore plus probante.
- A noter qu’en fonction de la forme générale des stries et des particularités des minuties, le dessin papillaire est plus ou moins intéressant pour permettre une comparaison adéquate et probante[16]. Par exemple, la forme en arc d’une empreinte dactyloscopique ou palmaire n’ayant pas de delta n’a pas de particularité signifiante, hormis l’îlot; alors que les formes en bideltes sont plus variées et offrent des points caractéristiques en abondance.
2. Le prélèvement et l’analyse des empreintes papillaires
- Aucune identification papillaire ne peut être faite sans comparaison entre une fiche et une trace découverte. Le travail de la police criminelle et scientifique en dactyloscopie est de rechercher et de révéler les traces papillaires (a.), de les analyser (b.) et, si la trace revêt une qualité suffisante, d’activer le processus d’identification (c.).
a. La recherche et la révélation des empreintes
- L’expérience démontre que l’empreinte découverte sur la scène de crime ou sur un objet relatif au cas criminel peut se présenter sous trois aspects différents[17]:
- les empreintes visibles obtenues lorsqu’une personne laisse, par exemple, sa main apposée sans bouger et/ou sans écraser la surface, ce qui est rarement le cas. Généralement, ce type d’empreinte ressemble plus à une tâche qu’à une trace, mais conserve un intérêt pour fournir la dimension et la forme de la main, du pied ou du doigt;
- les empreintes moulées, qui ont l’avantage de fournir une image en trois dimensions du dessin papillaire;
- et les empreintes latentes, qui doivent être traitées et révélées pour être utilisables.
- Toutes les recherches d’empreintes se focalisent sur la localisation et la détection de ces trois types de traces indiciales.
- L’expert scientifique désirant relever une empreinte doit respecter une marche à suivre afin de garantir le traitement optimal d’une trace indiciale. Avant tout prélèvement et analyse, il doit se poser trois questions: « La pièce ou la surface sur laquelle est déposée une empreinte est-elle transportable? », « L’empreinte est-elle visible? » et « L’objet a-t-il été contaminé par une cause environnementale? ». Si l’objet est petit ou si la pièce est transportable, l’expert déplace l’indice de la scène du crime en prenant les précautions nécessaires pour permettre un traitement idéal au laboratoire. En revanche, si l’objet n’est pas transportable, il analyse l’empreinte sur les lieux. Ensuite, il répond à la deuxième interrogation. Si la réponse est positive, il photographie la trace, puis procède à son examen; au contraire, si la réponse est négative, il se doit de choisir la meilleure méthode, en déterminant le choix des techniques à sa disposition et les possibilités d’utiliser des techniques en séquence pour traiter et révéler l’empreinte[18]. Dans l’hypothèse où la réponse à la troisième question est positive, la détection doit se limiter aux dépôts papillaires non affectés; si la réponse est négative, il procède au relevé complet.
- Ainsi, le processus de prélèvement peut varier selon le type de glande qui a sécrété les résidus, le type d’empreinte et la surface sur laquelle elle est déposée. Le choix de la méthode influe directement sur la valeur du résultat identificatoire, une détection adéquate fournit un résultat plus probant[19].
- L’empreinte visible étant facilement détectable, il est suffisant d’utiliser une source luminescente variée – lampe UV, laser, lumière filtrée ou lumière blanche intense – pour renforcer la clarté et la photographier[20].
- L’empreinte moulée est généralement révélée par une source lumineuse optimale, corrélativement à ce qui prévaut pour l’empreinte visible, ou par moulage. Cette seconde technique s’illustre par l’usage d’un moulage dentaire en silicone qui révèle l’image en 3D permettant de faciliter la photographie de l’empreinte[21].
- La révélation de l’empreinte latente est plus problématique dès lors qu’elle est invisible ou presque à l’œil nu et qu’une erreur de sélection dans la méthode peut ruiner toute possibilité de détection, subséquemment d’analyse. Il existe quatre types de méthodes de détection pouvant se combiner: les méthodes optiques qui préservent adéquatement les sécrétions déposées; les méthodes physiques qui ne sont viables que pour des empreintes récentes et nécessitent l’usage d’un pinceau qui peut détériorer la trace par brossage; les méthodes chimiques qui permettent de révéler les empreintes sur des supports poreux longtemps inexploitables et d’augmenter le contraste obtenu suite à une technique physique; et les méthodes physico-chimiques qui relèvent le contraste afin d’obtenir un dessin papillaire plus clair et permettre une meilleure comparaison[22].
- Dépendamment de la surface, de l’âge de l’empreinte, voire de l’humidité, l’expert choisit le moyen le plus adéquat pour renforcer le contraste des empreintes digitales, palmaires et plantaires sans les endommager. Il ne peut pas privilégier une technique plutôt qu’une autre avant d’avoir analysé les lieux du crime. En outre, des connaissances en physique, particulièrement en photoluminescence, en ondes et en absorption ou réflexion de la lumière, ainsi qu’en chimie sont nécessaires pour appréhender correctement les techniques de détection d’empreintes. Pour un juriste, la compréhension des principes chimiques ou physiques n’est pas nécessaire, c’est pourquoi nous ne nous attardons pas sur ce sujet. Néanmoins, dès lors que les qualifications de l’expert, les méthodes employées et le degré de clarté de l’empreinte dévoilée – contraste, révélation des crêtes, préservation, etc. – jouent un rôle pour déterminer la valeur probatoire d’une trace papillaire, extensivement sa valeur identificatoire, tout juriste doit s’intéresser un minimum à l’aspect technique se cachant derrière un résultat identificatoire.
b. L’analyse
- La première phase du processus de l’identification par les crêtes dermatoglyphes est l’analyse, examen minutieux de l’inconnu – les empreintes n’étant ni identifiées, ni identifiables[23]. Cette étape sert à déterminer objectivement les informations apportées par les lignes papillaires révélées en prenant en considération les crêtes papillaires, la clarté de l’image, la possible altération de la trace, les techniques de détection et la pression.
- L’analyse par l’expert se réalise en trois étapes correspondant aux trois niveaux d’informations fournies par une empreinte[24]: la tendance générale du dessin ne requérant pas d’agrandissement; l’agrandissement de cinq à dix fois permettant à l’expert de se concentrer sur les dimensions physiques des crêtes et sur les minuties, et de noter les marques laissées par d’éventuelles verrues, cicatrices, plis ou rides, et l’agrandissement maximal pour dévoiler des détails infimes ne concernant généralement qu’une seule crête[25].
- Durant l’analyse, l’expert doit tenir compte des différences pouvant intervenir entre une image en deux ou en trois dimensions, des distorsions pouvant résulter de diverses sources telles que le sens ou la pression du toucher, la surface du dépôt, voire la durée de contact, ainsi que du degré de clarté de l’impression puisque les altérations peuvent diminuer fortement le pouvoir et la certitude identificatoire[26]. Toutes les étapes de l’analyse et tous les points forts et/ou faibles de l’image prélevée doivent apparaître dans le rapport d’expertise afin de permettre aux magistrats d’apprécier correctement l’indice dactyloscopique[27]. Sans ces indications, le rapport d’expertise est incomplet ou tout du moins ne permet ni à la défense, ni à l’accusation, ni même au magistrat de se faire une idée exacte de la démonstration apportée par la preuve dactyloscopique.
c. Le processus identificatoire de la comparaison à l’achèvement
- En tenant compte des détails délivrés par l’analyse, l’expert recherche par tâtonnement une empreinte compatible – connue et identifiée – avec la trace découverte sur la scène de crime ou sur un objet relié à celle-ci. Il doit évaluer objectivement la correspondance entre les deux images et se déterminer sur leur ressemblance sans avoir une vue préconçue ou un espoir.
i. L’assistance des outils automatisés
- Au commencement des fiches signalétiques, la comparaison s’effectuait manuellement. Les systèmes de classement créés à l’époque et basés sur les similarités générales des empreintes ont permis de diminuer considérablement le nombre de comparaisons à effectuer et la durée d’analyse. Le continuum[28] des dessins papillaires généraux issu des travaux de Jan Evangelista Purkinje (1823), Francis Galton (1892), Edward Henry (1900) ou Juan Vucetich (1904) pour les empreintes dactyloscopiques, de Eugène Stockis, Antonio Lecha-Marzo et Vincente Rodriguez Ferrer pour les empreintes palmaires, et ceux d’Harris Hawthorne Wilder et Bert Wentworth pour les empreintes plantaires est aujourd’hui approuvé par les informaticiens qui ont développé des bases de données afin de classifier automatiquement les empreintes papillaires et de pouvoir aisément les comparer. L’empreinte digitale dite d’entrée – se rapportant à la trace à identifier – est assortie à un sous-ensemble de dessins papillaires de la base de données, ce qui permet de réduire le temps et la complexité de la recherche automatisée.
- En Suisse, le fichier AFIS effectue simultanément, en quelques minutes, une recherche sur les traces relevées sur les lieux de l’acte délictuel – provenant d’un ou de plusieurs doigts, voire des dix doigts, des empreintes de la paume et de la tranche de la main – et permet ensuite d’identifier une personne de manière fiable[29]. Grâce à ce moyen informatique, il est possible également de comparer une empreinte avec une autre, une trace avec une empreinte ou deux traces entre elles.
- Le processus d’identification préconise en premier lieu de débuter l’analyse par une vérification visuelle de la viabilité du dessin papillaire. Lors du quality-check, l’expert scientifique contrôle la clarté de l’image et l’existence de points caractéristiques. L’examinateur compare manuellement l’empreinte inconnue avec les dessins papillaires de la victime, des témoins et des potentiels suspects. En cas de comparaisons infructueuses, les moyens informatiques sont usités. L’empreinte inconnue est alors scannée puis entrée dans la base de données AFIS afin d’effectuer une recherche automatisée pour réduire le nombre de donneurs possibles.
- Le système informatique compare l’empreinte numérisée avec toutes les données enregistrées en ciblant sa recherche sur les caractéristiques générales relevant de l’analyse de premier niveau, sélectionne certaines fiches en codifiant et en interprétant – grâce aux algorithmes et à l’extraction des minuties – les traces papillaires et propose une liste de candidats pertinents[30]. L’AFIS est donc inefficace pour individualiser avec une certaine certitude une empreinte. Son rôle se limite à diminuer la charge de travail des scientifiques en restreignant le nombre d’empreintes à confronter.
- Le potentiel d’AFIS ne se borne pas à comparer des empreintes, la confrontation entre une trace et l’empreinte papillaire du suspect, d’une empreinte connue – notamment celle du suspect – avec les traces inconnues du fichier, d’une trace détectée avec les traces inconnues pour lier deux ou plusieurs infractions entre elles, ou pour identifier une personne inconnue sont des exploitations possibles du système automatisé[31].
- Relevons encore que le fichier AFIS offre la possibilité d’utiliser le signalement décadactylaire ou l’identification monodactylaire pour les empreintes digitales. Le premier identifie un être humain sur la base de l’empreinte de ses dix doigts. Plus fréquemment, le dessin papillaire d’un seul doigt, tout en ignorant lequel, est découvert sur une scène de crime. Dans de telles circonstances, la comparaison est effectuée à l’aide du fichier monodactylaire regroupant une sélection d’empreintes séparées des individus fichés et des traces stockées. Cette comparaison permet de confondre deux empreintes sans nécessairement avoir la trace des dix doigts ayant pour effet une meilleure rationalisation du fichier AFIS et de l’usage des empreintes digitales.
ii. La comparaison manuelle
- Lorsque le fichier AFIS ne fournit aucune concordance même à hauteur d’une dissemblance, la trace est exclue. Au contraire, si la comparaison est possible, l’expert poursuit en confrontant les empreintes listées par AFIS avec l’empreinte de comparaison à l’aide des caractéristiques papillaires de deuxième niveau.
- L’examinateur recherche des points visibles de la trace – en regardant le sens, la position, ainsi que la longueur des lignes papillaires, les cicatrices ou les plis de flexion –, sélectionne deux ou trois points caractéristiques et les confrontent avec les points visibles de l’empreinte de référence[32]. Il réitère cette manœuvre jusqu’à ce que toutes les minuties visibles et nécessaires à l’identification aient été analysées et comparées.
- Suite à l’analyse de deuxième niveau et lorsque les minuties concordent en vertu de leur forme et de leur position, l’expert poursuit en examinant les caractères de troisième niveau d’analyse, tels que les pores ou crêtes papillaires. Ce processus d’analyse de concert avec celui de second niveau a l’avantage de posséder un pouvoir identificatoire accru. Plus les détails sont nombreux, plus l’individualisation de l’empreinte est précise et certaine.
- Une fois l’analyse de deuxième et troisième niveau effectuée par un premier expert, un second examinateur réalise le même processus. La validation des résultats obtenus par la recherche automatisée et l’établissement de la corrélation entre les points concordants sont donc effectués manuellement par deux examinateurs scientifiques successifs.
iii. Le résultat identificatoire
- Une même empreinte ne peut fournir deux images identiques[33], puisque tout contact entre la pulpe du doigt, la paume de la main ou la voûte plantaire avec une surface plane laisse une trace qui varie selon la pression, l’angle, la zone de contact, ainsi que selon la nature de la surface. Le résultat identificatoire est donc une simple évaluation de la concordance. En d’autres termes, il est la conclusion de l’analyse réalisée par l’examinateur qui considère les similitudes et les différences et se réfère à tous les éléments qui apparaissent dans chaque image dermatoglyphe pour fonder son résultat.
- Dans les faits, une empreinte claire, nécessitant une analyse minimum ou contenant des détails uniques suffisants est évaluée au cours de la phase de comparaison. Dans les autres cas – manque de clarté, de détails caractéristiques ou comprenant des altérations –, la zone d’ombre oblige un minimum d’attention pour identifier le propriétaire des dermatoglyphes en éliminant les profils concordants, mais non similaires. Pour se faire, l’expert détermine s’il existe des concordances entre l’empreinte inconnue et celle connue et s’il peut conclure à une unicité.
- Une dissemblance entre deux dessins papillaires n’est pas synonyme d’exclusion, exception faite des dissemblances liées aux caractéristiques de premier niveau. En revanche, l’empreinte est écartée si aucune similitude n’existe. A noter que, l’empreinte papillaire pouvant servir de preuve identificatoire, le niveau de connaissances, l’expérience et la technique d’identification employée doivent être suffisants pour effectuer une analyse quantitative et qualitative correcte du dessin dermatoglyphe[34] et permettre de déterminer l’influence des altérations ou des dissemblances. Un expert confirmé peut notamment analyser des empreintes complexes qui ne sont pas à la portée de l’examinateur novice. L’expérience et la technicité de l’identification ne sont donc pas à négliger pour décréter la force probante du résultat identificatoire.
- Le second expert effectuant la même analyse doit parvenir à un résultat identique ou du moins fortement similaire. L’avis identificatoire revenant aux seuls experts, il est nécessaire que tous deux arrivent à un résultat positif pour décréter qu’il y a identification; dans l’hypothèse où l’un, l’autre ou les deux concluent à l’impossibilité d’identifier le propriétaire de l’empreinte, il n’y a pas d’identification. Dans le cas où un doute subsiste, il doit profiter au donneur de l’empreinte ou, tout du moins, il est nécessaire d’effectuer d’autres recherches si les détails ou leur qualité ne permettent pas de fournir un avis identificatoire.
- Concernant le résultat identificatoire, il n’est probant que si un certain nombre de similarités existent entre les deux empreintes comparées. Edmond Locard a déterminé que s’il existe plus de douze points concordants, l’empreinte est déclarée nette et la certitude d’identité est reconnue. Si huit à douze minuties similaires sont répertoriées, la certitude dépend de la netteté de l’empreinte, de la rareté de ce type de points caractéristiques, de la présence d’un delta ou d’un centre, de la présence d’un pore, de la largeur, de la direction ou de l’angle des bifurcations et des crêtes papillaires[35]. Lorsque le nombre de concordances est en deçà de huit, aucune certitude n’est donnée, il n’existe qu’une présomption. En outre, l’observation de la netteté des points et l’analyse de leur fréquence permet d’augmenter la probabilité d’une concordance[36], extensivement des possibilités identificatoire même si moins de huit minuties similaires sont analysables.
- Cela étant, nous en parlerons dans le cadre de notre discussion sur la valeur probatoire des empreintes digitales, les experts forensiques préconisent non pas l’emploi d’un standard minimum, mais un examen et/ou une analyse concrète de la quantité des minuties concordantes et de leur qualité afin de fournir un pourcentage d’identification ainsi que de couplé ces principes scientifiques avec un professionnalisme et une expérience adéquats[37].
[1] Margot, Lennard, Empreintes, p. 1-2. [2] A ce sujet: Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 1 et 10-11; Holder, Robinson, Laub-Maceo, Chapter 2-3 à 2-13; Margot, Lennard, Empreintes, p. 2. [3] A ce sujet: Buquet, p. 33; Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 106-107; Holder, Robinson, Laub-Maceo, Chapter 2-11 à 2-13; Knowles, p. 714; Margot, Lennard, Empreintes, p. 18. [4] Infra Partie II, Chapitre 2, I, C, n° 636 ss. [5] Herschel, p. 76. Supra Partie I, Chapitre 1, II, B, 1, b, n° 74. [6] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 12. [7] Champod, Reconnaissance, p. 6; Desbrosse, p. 52; Locard, T. I-II, p. 86; Wertheim, p. 96. [8] Gascoyne-Bowman, p. 9; Matera Dary, John Dillinger: The Life And Death Of America's First Celebrity Criminal, New York 2004; Tilstone, Savage, Clark, p. 153. [9] Hamilton Sue, Fingerprint analysis – Hints from prints, Edina 2008, p. 6. [10] A ce sujet: Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 12; Margot, Lennard, Empreintes, p. 3. [11] Becue, Champod, Egli, Margot, p. 10; Champod, Friction Ridge Skin, p. 112; Holder, Robinson, Laub-Wertheim, Chapter 3-4 à 3-18; Margot, Champod, p. 231; Wertheim, p. 96. [12] A ce sujet: Buquet, p. 82 ss; Champod, Reconnaissance, p. 8 ss; Champod, Friction Ridge Skin, p. 111-112; Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 17 ss; Henry, p. 14 ss; Jerlov, p. 270 ss; Knowles, p. 713; Locard, T I-II, p. 44 ss, p. 395 ss et p. 431 ss; Margot, Lennard, Empreintes, p. 4 ss; Pisani, p. 20. [13] Becue, Champod, Egli, Margot, p. 10; Champod, Reconnaissance, p. 11; Holder, Robinson, Laub-Wertheim, Chapter 3-18 à 3-20; Locard, T. I-II, p. 89-93. [14] Champod, Friction Ridge Skin, p. 112; Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 13; Margot, Champod, p. 230. [15] A ce sujet: Locard, T. I-II, p. 88. [16] Champod, Friction Ridge Skin, p. 112; Expert working group, p. 2. [17] A ce sujet: Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 105; Expert working group, p. 1; Locard, T. I-II, p. 119-121; Margot, Lennard, Empreintes, p. 15-16. [18] Becue, Champod, Margot, p. 10-18; Becue, Champod, Egli, Moret, p. 16-36; Knowles, p. 715; Margot, Lennard, Empreintes, p. 20-21. [19] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 105; Donovan, p. 204; Margot, Lennard, Empreintes, p. 16. [20] A ce sujet: Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 171; Holder, Robinson, Laub-Yamashita, French, Chapter 7-2 à 7-50. [21] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 171; Holder, Robinson, Laub-Yamashita, French, Chapter 7-2 à 7-50; Margot, Lennard, Empreintes, p. 16. [22] A ce sujet: Buquet, p. 39; Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 111, 114 et 172-173; Holder, Robinson, Laub-Yamashita, French, Chapter 7-2 à 7-50; Margot, Lennard, Empreintes, p. 50, 60 et 111-113; Margot, Lennard, Ripc, p. 11. [23] Champod, Fingerprint, p. 1-4; Wertheim, p. 99. [24] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 16. [25] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 16; Wertheim, p. 99. [26] Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 18-20; Wertheim, p. 99. [27] Ashbaugh, p. 79; Wertheim, p. 100. [28] Buquet, p. 82-83; Champod, Lennard, Margot, Stoilovic, p. 17; Knowles, p. 713; Locard, T. I-II, p. 44-46, p. 395 et p. 407; Margot, Lennard, Empreintes, p. 4. [29] Informations disponibles sur le site internet de l’Office fédéral de la police : http://www.fedpol.admin.ch [consulté le 08.05.2016]. [30] Buquet, p. 42; Desbrosse, p. 57. [31] Leman-Langlois, Brodeur, p. 75; Margot, Lennard, Empreintes, p. 12-13. [32] Ashbaugh, p. 89; Buquet, p. 34; Champod, Reconnaissance, p. 12. [33] Champod, Reconnaissance, p. 12; Wertheim, p. 101. [34] Ashbaugh, p. 93 et 94; Champod, Reconnaissance, p. 16; Champod, Friction Ridge Skin, p. 113; Margot, Champod, p. 64. [35] Locard, T. I-II, p. 222. [36] Champod, Reconnaissance, p. 13. [37] Champod, Fingerprint, p. 4-7; Champod, Friction Ridge Skin, p. 113 et 115-116; Champod, Overview, p. 306-308; National Research Council, p. 208 et 217 ss.